Pages estivales
Pris dans la frénésie de l'été, j'ai délaissé mes billets culturels pour plutôt me gaver de culture en tout genre. Alors, plutôt que de faire un méga gros billet qui mélange un peu de tout (oui, je sais, c'est plutôt cool de faire découvrir un livre à quelqu'un qui cherche une reco cinéma), j'ai décidé exceptionnellement de regrouper par type de média.
Et pour commencer, on va parler de livres avec des mots et très peu d'images. Triés par ordre de lecture !
Mon cœur est une tronçonneuse, de Stephen Graham Jones
Pris d'une envie de me replonger dans une nostalgie adolescente/étudiante, je me suis demandé si le slasher était compatible avec la littérature. Et ce titre est souvent revenu (et aussi/surtout sa suite, Don't Fear the Reaper). Et puis, lire une plume autochtone d'Amérique, ça me tentait.
Mon cœur est une tronçonneuse est un slasher. Des morts violentes commencent à secouer la petite ville d'Indian Lake, et Jade commence à s'y intéresser. Parce que les slashers, c'est toute sa vie, et qu'elle attendait ce moment. La révélation d'une final girl, l'affrontement final, le fait d'avoir la connaissance. Mais sa vie est loin d'être rose, va la rattraper, et le roman va osciller entre drame social et enquête sur un éventuel tueur masqué. Le tout du point de vue de Jade, quasi exclusivement.
Le mélange fonctionne à merveille, et les hypothèses circulent à toute vitesse dans notre tête comme dans celle de Jade. On découvre ses failles, son histoire (dure, soyez averties), et son univers. Des alliés, des adversaires, et une montée dans la tension et le gore. Très gore par moment. Le final m'a décontenancé. Car je ne m'attendais pas du tout à cette bascule. Même quelques semaines après, elle me fait toujours poser des questions. Et j'ai hâte de retourner découvrir Jade et Indian Lake dans la suite. Et j'ai bien l'intention de découvrir un peu plus cet auteur.
Replay, de Ken Grimwood
Bonne pioche à la boîte à livres ! Intrigué par le pitch, je me suis lancé dans ce roman sans vraiment trop savoir où je mettais les pieds. Une histoire à la "Un Jour sans Fin", qui devient plus "Une Vie sans Fin", dans laquelle notre protagoniste meurt en 1988 pour se réveiller en 1963, encore étudiant. Après l'effarement, vient le temps de se reconstruire. Et de se dire qu'on peut peut-être utiliser ses connaissances pour s'octroyer un meilleur futur.
Une plongée dans une autre époque, avec des passages très ancrés dans leur période, mais aussi une découverte de cette deuxième moitié du XXe siècle, et de ses décennies très différentes les unes des autres. Des années 60 un peu coincées à la folie des années 70. On parcourt ces années avec Jeff, qui va s'éloigner de plus en plus de l'existence qu'il connaissait, qui va tenter d'influer sur l'histoire.
L'histoire est prenante, humaine. On suit les questionnements de Jeff, ses rencontres, anciennes et nouvelles, ses expériences. Il y a des moments déchirants, des moments exaltants, et j'ai eu du mal à lâcher le livre sur le dernier tiers, palpitant. Et j'ai trouvé la conclusion parfaite.
Dungeon Crawler Carl, de Matt Dinniman
On change radicalement d'ambiance avec ce livre que j'avais vu popper sur pas mal de réseaux apparentés rôliste. Peu attiré de prime abord, puis intrigué, puis tenté par quelques reviews, j'ai décidé de tenter le coup avec ce premier tome...
Verdict ? Team Princesse Donut !
Oui, j'ai beaucoup aimé, au point de directement commander le tome 2 à ma librairie locale, l'Odyssée de Vallet. Bon, mais de quoi on parle ?
Carl est un gars normal, qui voit la fin du monde et un très gros pourcentage de la population mondiale disparaître en quelques secondes. Et là, comme dans un jeu vidéo, il entend une voix off lui annoncer que pour atteindre le Niveau 1 du Dungeon, il va falloir trouver un escalier. Il va y descendre avec Princesse Donut, la chatte de son ex. Et tous deux vont de facto devenir des participants à un étrange grand jeu télévisé organisé par des extra-terrestres, et visionnés par des milliards et des milliards d'individus. Un jeu conçu comme un jeu vidéo, dans lequel ils devront suivre un tuto, ils auront une barre de vie, gagneront du loot et des compétences, et affronteront des ennemis et des boss !
C'est absurde, c'est drôle, mais c'est pas que ça. Carl est humain, et fait preuve d'empathie. Il est dégoûté de ce qui lui arrive, mais aussi de ce qui arrive aux autres. Et au fur et à mesure, il va se faire des alliés (et des ennemis), évoluer, sa relation avec Princesse Donut va aussi s'enrichir, et puis il va essayer de baiser le jeu. Si possible.
Si on accroche à la prémisse de départ (et ça, c'est je pense la grosse difficulté), on se laisse embarquer, on découvre les loots et compétences absurdes (ou pas), et surtout on vit ce jeu en compagnie de Carl, qui est attachant.
Je reparlerai bientôt de Carl et Princesse Donut, avec le tome 2...
Versant Noir, de Lison Lambert
Les récits d'alpinisme m'ont toujours fasciné. Les récits d'alpinisme qui ne se passent pas bien m'ont toujours terrifié. Découvrant ce roman à la médiathèque locale, j'ai tenté le coup en étant intrigué par le titre, le pitch et cette couverture.
Dans ce roman court, on suit principalement Alex, jeune alpiniste française qui va découvrir l'Everest au sein d'un petit groupe, où figurent notamment son père et un ami népalais de celui-ci, qui est justement le premier népalais à diriger une expédition. Marche jusqu'aux camps de base, acclimatation à l'altitude, tensions et faiblesses dans le groupe, et puis l'ascension. Qui ne va pas bien se passer.
Cette première partie est prenante, documentée, terrifiante dans son dernier quart. Et on arrive à la moitié du récit.
La seconde moitié du récit va nous emmener plusieurs années plus tard, alors que certains membres de la cordée reviennent sur la montage, sur l'Everest, pour mieux comprendre ce qu'il s'était passé. On bascule dans le thriller, et si certaines scènes fonctionnent encore bien, j'ai moins accroché à cette seconde partie, dans laquelle la montagne n'est plus qu'un décor et plus un personnage principal. Un avis un peu en demi-teinte, donc.
À noter que le roman est fortement ancré dans la guerre civile népalaise, événement que j'ai découvert à ce sujet.
Comme l'exigeait la forêt, de Premee Mohamed
J'avais vu ce livre (et un autre de l'autrice, qui sera bientôt mentionné dans ces lignes) dans les rayonnages de ma librairie, et j'avais hésité. Et puis, j'ai pu assister à une conférence de l'autrice en ligne (j'en reparle très bientôt !). Et j'ai sauté le pas. Parce que j'avais beaucoup aimé sa conférence, et que c'était l'occasion.
En plus, c'est un format de novella que j'apprécie beaucoup, qu'on retrouve de plus en plus dans ce que propose l'Atalante (merci à eux de sortir ces formats, que j'ai déjà expérimenté via Shout Ring, par exemple).
Dans Comme l'exigeait la forêt, on se plonge dans de la folk-horror matinée de dark fantasy et de contes féériques. Je ne vais pas trop spolier, mais on va y rencontrer une femme, Véris, qui va devoir plonger dans les bois du Nord, que personne ne fréquente car on n'en revient pas. Elle y a déjà réussit, et deux enfants s'y sont aventurés. Mais les bois du Nord renferment un autre bois, l'Ormévère, qui ne suit pas les mêmes règles.
C'est... magnifique, terrible, magique, poignant. La manière dont l'univers et sa magie sont racontées m'a totalement emporté, dès les premières scènes. L'antagoniste originel est terrifiant, dans sa posture et ses actes. La magie décrite, très terre à terre, est rafraîchissante et inspirante. Et puis cette forêt, ses habitants, ses créatures, sa géographie, ses règles. Il y a une forte ambiance Millevaux, de Thomas Munier, dans cette forêt.
Le rythme nous entraîne dans cette terrible incursion (tiens, Trophy Dark ?), dans les sacrifices nécessaires, et dans cette conclusion, dure, ouverte.
Premee Mohamed est une autrice à découvrir, avec une superbe plume !