Le Repaire de Gulix

Quelque chose tue les enfants...

Ce billet aurait pu parler de l'ICE, ou de la politique fasciste générale qui semble vouloir s'étendre sur le monde. Mais j'ai du mal à articuler ma pensée sur ces éléments et à les retranscrire de manière pertinente au-delà du dégoût que cela m'apporte.

Alors, à la place, on va parler culture. Vous savez, ce truc que les droites du monde entier essaient de museler, de contraindre. Hein, madame Morançais ? Ca vous parle, ça ? Donc, culture. Et si vous suivez ce que j'écris ici d'habitude, vous devez savoir que j'apprécie particulièrement les comics. Donc, c'est de ça qu'il va être question aujourd'hui, avec une série de comics en particulier, dont j'ai parlé récemment dans ces lignes : Something is Killing the Children.

The Road to Tribulation

Someone is creating the comics

Something is Killing the Children est une série de comics scénarisée par James Tynion IV et dessinée par Werther Dell’edera, publiée en version originale par Boom Comics, et en version française par Urban Comics. Démarrée en septembre 2019, la série est toujours (en janvier 2026) en cours, et possède 45 issues, ces numéros d'une vingtaine de pages, qui sortent à peu près mensuellement. Et il n'est pas prévu de s'arrêter tout de suite. James Tynion IV a récemment déclaré qu'il voyait bien la série dépasser la centaine de numéros, de profiter de son succès pour relancer l'industrie du comics vers plus de séries au long court, notamment dans les creators-owned (des séries qui appartiennent à leurs créateurs/auteurs, pas comme les personnages Marvel ou DC). Je reviendrais sur cette adéquation du format plus tard, d'ailleurs.

En France, le comics est moribond. Il n'y a qu'à voir l'espace réservé dans les librairies, spécialisées ou non. Et les éditeurs qui continuent de nous fournir ces excellentes séries tentent de trouver des solutions, via de nouveaux formats par exemple (Urban Nomad par exemple).

Une Erica Sanglante

La série Something is Killing the Children a ainsi connu une double vie en version française. Tout d'abord, exit le format mensuel, qui n'existe plus vraiment dans nos contrées. C'est le format recueil qui est le maître-étalon. Et la série est donc sortie dans ce format, tout d'abord en couverture souple. Comme ce qu'on trouve généralement aux USA. C'est comme ça que j'ai découvert la série. Un format très agréable à manipuler, qui ne lésine pas sur la qualité. Mais…

…visiblement, ça ne se vend pas. Parce que le public français associe "couverture souple" avec "produit au rabais". Et donc, veut de la couverture rigide. La série a donc connu un revirement d'édition, et à partir du volume 4, est passée en couverture rigide. Avec une ressortie des trois premiers tomes dans ce format.

Dommage, mais si cela a permis à la série de perdurer, tant mieux ! Parce qu'actuellement, en français, on a déjà 8 tomes (le 9e est annoncé pour avril) et deux tomes de la série dérivée House of Slaughter.

Archer's Peak (tome 1 à 3)

Le premier arc de la série nous emmène à Archer's Peak, où débarque Erica. Archer's Peak où des enfants sont morts, démembrés sauvagement. La ville sombre dans la paranoïa, la colère, le désespoir. Qui est à l'origine de ça ? Comment cela va-t-il s'arrêter ? Archer's Peak où va débarquer l'étrange Erica Slaughter, qui semble en savoir plus qu'elle ne le révèle, et dont le look étonne et intrigue.

Erica Slaughter

On découvre l'univers : les monstres que seuls peuvent voir les enfants, ces chasseurs de la Loge du Massacre, capables eux aussi de voir ces monstres (pourquoi ?), avec leur bandana terrifiant, leur doudou-totem. La série sait ménager son supsense : qui est Erica ? quelle est cette société secrète à laquelle elle appartient ? que sont ces monstres et d'où viennent-ils ?

C'est violent, sombre, gore par moments. Les monstres ne font pas dans la dentelle. Erica non plus.

Surtout (spoiler !), cet arc pose les bases de la rébellion d'Erica, de l'injustice de ces attaques et du fonctionnement de la loge. Ces trois premiers tomes (les seuls disponibles en couverture souple) forment un tout cohérent, complet, qui ouvre certes des pistes vers la suite. Une saison 1. Qui résout une bonne partie de ses intrigues. Avec une conclusion vraiment satisfaisante.

Si vous êtes intrigué par la série, mais pas au point de sauter le pas sur une série aussi longue : ces trois tomes forment un tout suffisant !

Il était une fois...

Arrive le recueil/volume 4. Et alors qu'on pouvait s'attendre à une suite directe des événements d'Archer's Peak, il n'en est rien. On va plutôt sauter dans le temps. Dans le passé pour être exact. Et on va découvrir Erica à son entrée dans la Loge du Massacre. Sa découverte de l'ordre, de ses membres, de ses règles.

Et c'est une masterpiece. James Tynion IV maîtrise les codes du comics, et ça se voit. Que ce soit par les cliffhangers de fin d'épisode, le rythme qui s'accorde parfaitement au rythme Issue (les numéros de 24 pages quasi-mensuels), mais aussi le découpage en Paperback, ces recueils que nous avons en France. Ce volume 4 est entièrement un flashback, et il enrichit l'univers, les personnages, et balance quelques coups de poing bien sentis. C'est humain, c'est tragique, c'est magnifiquement écrit. Et c'est plus calme dans le dessin.

Si vous avez lu mon retour sur Stranger Things récemment, vous devez savoir qu'un des gros points négatifs a été le dévoiement du format série. Quand on adopte un médium, c'est bien d'en respecter la structure, le rythme.

Le rythme, la structure comics sont ici au coeur de la série, de son tempo. Et cette respiration est la bienvenue. Tout en introduisant de nouvelles choses, de nouvelles relations. Erica devient plus que la sauveuse de Archer's Peak. Et les membres de la Loge gagnent en consistance.

Cette cassure, on va la retrouver à l'issue de la saison 2 (dont je parle juste en-dessous). Trois volumes pour une chasse complète, et un tome 8 qui décide d'explorer à nouveau le passé d'Erica, via 5 histoires uniques. Des histoires touchantes, qui ramènent des personnages disparus, qui renforcent certains thèmes et enrichissent encore l'univers.

En comics, pas d'ego d'acteurs, pas de vieillissement, il faut en profiter ! On peut faire revenir qui ont veut quand on veut, s'en séparer pour mieux les retrouver, et explorer des temporalités différentes. Il faut en profiter. La série le fait avec succès.

Welcome to New Mexico (tome 5 à 7)

Ce que je considère comme la saison 2, avec là encore une chasse étalée sur 3 tomes, nous envoie au Nouveau-Mexique, pour une nouvelle chasse d'Erica. Sans l'appui de la loge.

Cette saison 2 met les enjeux encore plus haut, et a réussi à me surprendre à plusieurs reprises. On découvre un casting très intéressant de potentielles victimes, qui vont se retrouver sur la route du monstre et d'Erica. Et se retrouver mêlées à une bataille qui les dépasse. Car la rébellion d'Erica va avoir des conséquences dramatiques, avec l'apparition d'une nouvelle joueuse.

Duel

J'ai eu extrêmement de mal à lâcher ce bloc. Parce que la tension est très élevée, les rebondissements nombreux et c'est bourré d'histoires touchantes, merveilleuses. L'histoire de Riqui et Gabi est magnifique. Avec un final déchirant, émouvant, et qui risque d'avoir des répercussions.

The story never ends...

Si la série continue de bien fonctionner, il n'est pas prévu qu'elle s'arrête de sitôt. Les auteurs en ont encore sous la semelle, et sont prêts à atteindre la centaine de numéros s'il le faut. Si la qualité se poursuite, je suis totalement pour ! J'aime les séries one-shot, avec une conclusion, mais une série au long cours qui maîtrise bien sa forme, qui apporte une conclusion à chaque arc en ouvrant de nouvelles portes, c'est vraiment excellent également.

Un spin-off existe aussi pour continuer de découvrir l'univers : House of Slaughter. Il explore le personnage d'Aaron, un des mentors d'Erica. J'ai commencé le premier volume au moment où j'écris ces mots, et la qualité est là, avec un ton assez différent.

House of Slaughter

On parle aussi d'adaptation possible au format télévisuel ou cinématographique. Netflix était sur les rangs, il semblerait que ce soit Blumhouse maintenant qui possède les droits. A voir ce qui sera fait, avec quels moyens, quelles ambitions, et surtout quel casting. Il faudra trouver la perle pour incarner Erica. N'est pas Sarah Michelle Gellar qui veut.

Pour ma part, je vais poursuivre la découverte de cet univers avec le tome 9 à venir. Et ça a relancé mon envie de jouer des chasseurs de monstre autour d'une table. Monster of the Week... ou quelque chose d'autre, plus en phase avec mon approche actuelle ? J'ai déjà pas mal de choses sur le feu, on verra. Mais des idées germent.