Le Repaire de Gulix

Sombre France, c'était pas mieux avant

C'est donc un 14 juillet que je pose ces lignes, après avoir fini la lecture du troisième et dernier tome de la trilogie Sombre France de Benjamin Dierstein. Un tome lui aussi nommé "14 Juillet", et qui se termine à cette date, le 14 juillet 1984.

J'avais déjà mentionné le premier tome, "Bleus, Blancs, Rouges", dans ces colonnes. Et j'ai donc enquillé les deux suivants (deux bons gros bébés) : "L'étendard sanglant est levé", et donc "14 juillet". Et j'ai plongé dans ces années sombres. J'ai dévoré ces romans. J'ai découvert l'histoire de France sous un nouveau jour, sur des années que je n'ai pas connu directement (étant né dans les dernières pages du dernier tome).

Couverture de 14 juillet - Benjamin Dierstein

La trilogie propose une plongée vertigineuse dans les milieux criminels, politiques, militants et policiers de la France de 1978 à 1984. Tous ces milieux se mélangent, cohabitent. Le premier tome était la fin de règne de Giscard. Le second l'arrivée au pouvoir de Mitterand. Le dernier se conclut par les premières désillusions socialistes, et la montée de Le Pen.

Mais derrière l'Histoire, il y a l'histoire. Qui se focalise sur quatre personnages. Marc-Antoine Paolini, un jeune inspecteur corse tourmenté, dont la famille est liée au SAC. Jacqueline Liénard, une jeune inspectrice parisienne idéaliste, qui va rejoindre les RG et rapidement grimper les échelons. Robert Vauthier, mercenaire ayant officié en Afrique, lié aux services de la DGSE, et essayant de s'implanter dans le milieur de la nuit parisienne. Jean-Louis Gourvennec, flic désabusé qu'on va pousser dans les milieux d'extrême-gauche et qui n'en sortira pas indemne.

Ces personnages vont se voir attacher à une enquête sur un certain Geronimo, trafiquant d'armes lié à de nombreux attentats. Et puis l'intrigue se diffusera : attentats parisiens, attentats corses, trafic de drogue, Carlos, guerre au Liban, réseaux d'extrême-droite. C'est foisonnant, passionnant, documenté. Mais l'histoire vit toujours, avance.

L

Le style est particulier. Il mélange coupures et revues de presse, retranscriptions de communications, documents secret-défense, et puis la fiction où l'on suit ces 4 personnages. Il n'y a pas de noir ni de blanc. Tous font des choix. Bons et mauvais. Egoïstes. Ils tentent de trouver leur voie, de survivre.

La réalité se mêle à la fiction, et est parfois difficile à démêler. Est-ce que ce personnage a vraiment existé ? Est-ce qu'il a vraiment dit ou fait ça ? Est-ce crédible ? Ca l'est, le plus souvent. Et c'est déconcertant.

Pleins de passages résonnent avec l'actualité. Que ce soit dans la gestion du pouvoir, dans la montée de l'extrême-droite, dans les compromissions.

Si vous êtes prêt à avaler un tel volume de pages, je vous conseille fortement cette trilogie.